Organisation des batiments

L’organisation spatiale des bâtiments

Si la plupart des repères historiques rappelés dans le tableau chronologique sont bien connus, trois documents encore méconnus permettent d’apporter des éléments de connaissance complémentaires sur la configuration du prieuré aux alentours de 1800. Il s’agit-là du « Plan topographique du territoire de la paroisse de Bray » de 1786, de l’état des lieux établi lors de la vente du domaine en tant que Bien National en 1791, et du cadastre ancien levé en 1827 avec une précision remarquable.

Ces documents possèdent trois intérêts majeurs, à savoir la possibilité d’authentifier des dispositions encore existantes, la mise en évidence des remaniements des XIXème et XXème siècles, et la reconnaissance d’éléments anciens disparus depuis.

Le document le plus ancien – l’état des lieux de 1791 – nous donne ainsi une description assez détaillée des bâtiments du prieuré au lendemain de la Révolution.

  • « D’abord, le prieuré prenant l’entrée au midi par une porte charretière, une première cour verte à gauche de laquelle, par une grille en fer est l’entrée du parc ; à droite un bûcher, une remise ensuite une basse-cour consistant, maison du jardinier, chambre à côté, écurie, étables à vaches, grenier dessus, en retour, une grange et écurie (le tout couvert en tuiles).

En face de la porte charretière, l’entrée de la seconde cour , par grille en fer à deux vantaux, dans cette cour un puits. Le principal logement du prieur, composé d’un corridor, au bout duquel la cuisine avec une petite laiterie et une resserre, puis salle à manger, petite chambre, escalier, salle de compagnie, chambre à coucher. Caves sous ce bâtiment. Au premier étage, cinq chambres à feu et deux garde – robes avec grenier au dessus et fruitier.

En retour au levant : en bas un grand salon avec grenier au dessus, ensuite un vestibule, ayant entrée sur le jardin par une grille en fer à deux battants et une sur la cour du prieuré, à côté resserre.

Grande et petite chapelle.

Prieure fin XVIII

  • Puis le jardin potager contenant environ sept quartiers mesure du Valois.

Le parc contenant environ 5 arpents, même mesure, (l’arpent représentant dans cette région 41 ares environ), clos de murs, percé de plusieurs allées, traversé par un petit ruisseau (9) prenant sa source à la fontaine de Rully.

En face l’allée d’ormes conduisant à l’église, grille en fer à deux battants.

Au levant du jardin du prieuré un petit bois taillé.

Et la ferme avec ses deux arpents et demi de jardin.

Tous ces immeubles étaient clos de murs et représentaient en mesures actuelles 4 hectares 47 ares 17 centiares.»

Ce descriptif doit être rapproché du cadastre de 1827 qui, bien qu’établi près de quarante ans plus tard, confirme précisément les dispositions décrites en 1791. On y distingue en effet nettement les deux cours d’origine, à savoir la basse-cour et la cour du prieuré avec ses bâtiments conventuels. Ces derniers dominaient alors le parc dans lequel les bâtiments agricoles s’articulant autour d’une vaste cour ouverte vers le prieuré n’ont été insérés qu’autour de 1800. Seul le pigeonnier semble déjà avoir existé en 1791, même s’il n’est par mentionné dans les textes conservés.

  • La position de l’entrée, qui était sans aucun doute la seule, illustre parfaitement la relation étroite entre le prieuré et le hameau de Bray ; le chemin partant de l’ancienne porte cochère menait en effet directement à l’église de Bray qui était desservie par les chanoines du prieuré.
  • La superposition du cadastre ancien sur le cadastre moderne démontre avant tout que l’isolation actuelle de la chapelle est le résultat de la destruction des ailes nord et est de la cour du prieuré (le « principal logement » du prieur et le bâtiment abritant le « grand salon »). Elle confirme également que la quasi-totalité des bâtiments subsistants est, au moins en partie, antérieure à 1827. Seule l’aile nord de la grande cour de ferme rapportée a été totalement remaniée: le bâtiment concerné semble en effet avoir été reculé au détriment de l’ancienne terrasse nord afin d’augmenter la surface de la cour. La maison près de l’entrée actuelle, qui donnait sur cette terrasse, intégrait ainsi la cour de la ferme moderne dont l’ancien centre – matérialisé par le pigeonnier – se trouvait décalé de plusieurs mètres. A l’angle nord-ouest de la basse-cour, le vide créé par le déplacement de l’aile nord fut comblé il y a 30 ans par une construction en pan de bois toujours existante. D’autres remaniements comme l’ouverture de la basse-cour à l’angle sud-ouest, la reprise de la grange qui a été munie de faux contreforts et la création d’un nouvel accès au nord parachèvent les modifications qui donnent au prieuré son aspect d’aujourd’hui.

Nettement moins précis quant à la représentation des bâtiments – n’oublions pas qu’il s’agit d’abord d’un plan d’arpentage – le    « Plan topographique du territoire de la paroisse de Bray » de 1786 donne de précieux renseignements sur les abords du prieuré. En premier lieu, il confirme la relation étroite entre le prieuré (nommé « l’abbaye » dans la région ) et le hameau de Bray en matérialisant le chemin reliant les deux sites. Il illustre aussi l’aménagement paysager des terrains accompagnant la « rivière de l’Aunette », modeste ruisseau dont le tracé n’a pas changé depuis. A part les allées dont au moins une est citée dans l’état des lieux de 1791, on note alors la présence d’un « parc » apparemment gazonné et d’un grand verger au nord, aujourd’hui remplacé par un étang artificiel. Le caractère très bucolique de ces aménagements dont il ne reste que peu de vestiges devait conférer au flanc nord-ouest du domaine un statut bien différent de l’austérité actuelle. Enfin, il convient de souligner que l’ajout de la ferme moderne autour du pigeonnier (rappelons qu’elle a été construite autour de 1800 et qu’elle ne figure par conséquent pas sur le plan d’arpentage) a privé le parc d’une parcelle importante tout en affaiblissant la position dominante de la chapelle.

Présentés de façon très sommaire afin de respecter les limites du présent dossier consacré à la restauration des maçonneries de la chapelle, ces documents dont l’étude est loin d’être achevée constitueront une référence cruciale pour la mise au point des projets d’aménagement souhaités par le maître d’ouvrage.

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