Détails des travaux de restauration

 

  • La chapelle priorale de Bray-sur-Aunette, témoignage remarquable de l’adaptation d’un programme architectural prestigieux au contexte modeste d’une dépendance monastique rurale, présente des désordres considérables liés aux problèmes de sol d’une part et à la vétusté des gouttereaux d’autre part. Dans une logique de continuité des travaux de mise hors d’eau réalisé en 1995-1996, il est aujourd’hui indispensable de proposer un traitement cohérent pour l’ensemble des parties en pierre afin que la stabilité et la cohésion de ces dernières soient assurées.
  • A la suite des conclusions de l’étude complémentaire d’Yves Boiret de 1990-1992 et à partir du bilan sanitaire actuel dont les analyses ont permis de rappeler la diversité des désordres et d’en définir les origines, un programme de travaux prévoyant la consolidation par reprise en sous-oeuvre et la restauration des parties en pierre a ainsi été établi. Consacré essentiellement aux travaux devenus une priorité sanitaire, ce programme n’aborde la question de la mise en valeur que lorsqu’elle est directement liée aux interventions de restauration prévues.

La plus importante de ces opérations de mise en valeur est dans doute la suppression des tirants posés en 1963. En redonnant au volume intérieur sa pureté et sa dignité initiale, elle représente en effet en elle seule le renouveau de cet édifice hors du commun.

  • La restitution du décor de faux joints sur les parements intérieurs qui peut être envisagée grâce aux échafaudages nécessaires à la restauration des voûtes et murs a également été intégrée dans le programme, mais seulement à titre optionnel. Son exécution sera alors soumise à la réalisation préalable de sondages et investigations complémentaires en concertation avec le LRMH. Quant aux baies obturées ou éventrées dont l’état actuel est incompatible avec la qualité de la conception d’origine, il est projeté de les rouvrir et de restituer l’ensemble des remplages. La mise en place d’une fermeture provisoire en verre cathédrale est prévue en attendant la mise au point d’un projet de fermeture définitive (vitrail ou autre) pour lequel une réflexion plus vaste, voire un concours, pourront être envisagés. Il en est de même de l’aménagement des intérieurs (sols, mobilier) pour lequel les intervenants souhaitent prendre un temps de réflexion et qui sera soumis quand les travaux de consolidation et de restauration urgents auront avancé.

Le programme s’organise autour des interventions suivantes (par ordre chronologique):

1. Travaux préparatoires aux travaux de consolidation

2. Consolidation de la partie sud-est du vaisseau principal et de la chapelle nord par reprise en sous-oeuvre

3. Travaux préparatoires à la restauration des parements extérieurs et intérieurs

4. Restauration des voûtes, des parements extérieurs et des parements intérieurs du vaisseau principal

5. Restauration des parements extérieurs et intérieurs de la chapelle nord

En fonction de l’avancement des travaux et des effectifs du chantier, certaines de ces interventions pourront être menées en parallèle. Un délai de six mois sera toutefois respectée après la réalisation des reprises en sous-oeuvre avant l’engagement de travaux lourds. Le Service régional de l’Archéologie sera tenu informé des travaux de reprise en sous-oeuvre qui nécessiteront la réalisation de fouilles d’une profondeur similaire à celle des sondages de 1990-1992.

1. Travaux préparatoires aux travaux de consolidation

Cette phase prévoit la mise en place de cintres sous l’ensemble des doubleaux et croisées d’ogives afin d’entraver tout mouvement pouvant se produire dans le cadre des reprises en sous-oeuvre. Ceci paraît d’autant plus nécessaire que le déversement du gouttereau sud a entraîné des déformations parfois importantes des voûtes dont la géométrie est désormais nettement moins favorable qu’à l’origine. Est également envisagée la mise en place d’un plancher de travail étanche permettant de sécuriser l’intérieur et de réaliser des investigations sur les voûtes durant la période d’attente suivant la reprise en sous-oeuvre. Les échafaudages portant les cintres ne devront pas encombrer le pied des piles engagées qui seront fouillées lors des travaux de consolidation.

 2. Consolidation de la partie sud-est du vaisseau principal et de la chapelle nord par reprise en sous-oeuvre

Conformément à l’analyse des désordres et aux conclusions du bureau d’études, cette phase prévoit la reprise en sous-oeuvre des contreforts de la partie sud-est du vaisseau principal par micro-pieux.

Les contreforts compris entre l’angle sud-ouest de la chapelle et l’angle nord-est de son chevet seront ainsi repris chacun par quatre micro-pieux destinés à introduire les charges par frottement dans le calcaire sableux du Lutétien situé au-dessous du sol argileux, sensible aux cycles d’humidification et d’assèchement.

Ces micro-pieux seront reliés entre eux par des longrines en béton armé ancrées dans les massifs de fondation des contreforts. La longueur et le diamètre des micro-pieux seront choisis en fonction des résultats de l’étude de sol, et leur positionnement précis sera déterminé par un bureau d’études de façon à atténuer la transition entre les parties consolidées et les parties nord de l’édifice qui ne feront l’objet d’aucune mesure de reprise en sous-oeuvre.

Les fondations de l’angle nord-est de la chapelle seront régénérées et reprises par élargis-sements de semelle en béton armé. La contrainte sur les sols jugée trop importante par le bureau d’études sera ainsi réduite. Un sondage complémentaire à l’angle nord-est permettra de déterminer si une mesure similaire doit être envisagée pour cette partie de l’édifice. Ceci paraît probable au vu des fissures qui sont visibles sur murs et voûtes et qui semblent traduire un écartement, certes peu prononcé, de l’angle nord-est de la chapelle.

L’ensemble de ces travaux sera réalisé partie par partie et accompagné et suivi d’observations précises (pose de fissuromètres) afin que toute anomalie soit détectée immédiatement..

3. Travaux préparatoires à la restauration des parements extérieurs et intérieurs

Pendant les six mois qui suivront les reprises en sous-oeuvre il n’est pas prévu de réaliser des travaux lourds. Les seules interventions envisagées pour cette période consisteront en la mise en place des échafaudages extérieurs et en la réalisation des travaux préparatoires à la restauration (traitement au biocide, nettoyage des parements, relevé des pierres, commande et taille, dégarnissage des joints,…). La priorité sera donnée au gouttereau nord qui n’est pas concerné par les travaux de reprise en sous-oeuvre.

A l’intérieur, les échafaudages portant les cintres seront équipés de planchers intermédiaires qui permettront de mener des investigations relatives aux finitions anciennes (enduits, badigeons, décor de faux joints, polychromies). Le bilan des pierres à mettre en oeuvre pour la restauration des voûtes pourra également être réalisé, et les tirants pourront enfin être enlevés à l’issu de la période d’attente.

Conformément aux analyses du LRMH et au choix fait par V. Brunelle lors de la reprise des arases, la pierre de Saint-Maximin sera retenue comme pierre de restauration.

4. Restauration des voûtes, des parements extérieurs et des parements intérieurs du vaisseau principal

Cette phase vise d’abord à rétablir la cohésion de l’ensemble des maçonneries des voûtes et des gouttereaux. Opération peu délicate quant aux parties courantes des gouttereaux, elle devra être réalisée avec d’extrêmes précautions quant à la reprise des voûtes dont une partie sera démontée afin que les claveaux fracturés puissent être remplacés. Ce démontage partiel permettra de corriger légèrement le tracé des nervures et doubleaux aujourd’hui proche de l’inversion sur certaines portions. Les maçonneries des voûtains seront ensuite complétées et remaillées. L’intégration de systèmes d’éclairage n’est pas prévue, le parti ayant d’ores et déjà été pris d’éclairer la chapelle par le sol qui sera réalisé ultérieurement.

Grâce à la présence d’échafaudages nécessaires aux travaux de régénération des maçonneries prévus pour la présente phase (remplacement des pierres ayant perdu leur qualités mécaniques, réfection des joints, refichages, réalisation de coulis,…) il sera en plus possible de restituer des éléments disparus dont le rôle était à la fois technique et esthétique. Comme cela a été évoqué dans l’introduction du présent chapitre, les baies malmenées seront rouvertes et leurs remplages restitués afin de rendre à l’édifice sa dignité d’origine.

Ceci concerne également les baies du gouttereau sud dont les allèges ont été remontées ultérieurement. Quelque soient les raisons de cette modification, la disposition actuelle est étrangère aux intentions du maître d’oeuvre du XIIIème siècle qui souhaitait à toute évidence rapprocher l’édifice des chapelles palatines et abbatiales antérieures, célèbres notamment pour l’importance des surfaces vitrées. La restitution des remplages disparus redonnera en même temps de la cohésion aux travées éventrées.

La restitution des finitions disparues fait elle aussi partie des interventions nécessaires à la préservation de l’édifice et au rétablissement de son aspect d’origine. A l’extérieur, cette mesure est d’autant plus indispensable que les enduits perdus avaient un rôle protecteur essentiel pour la conservation des maçonneries en moellon des soubassements. A l’intérieur, la restitution des enduits sur les parties maçonnées (soubassements, voûtains) avait avant tout une fonction de valorisation visant à masquer les imperfections d’un appareil en moellon économique peu présentable. Cette recherche de la perfection apparente est visiblement allée jusqu’à l’application d’un décor à faux joints sur l’ensemble des parements intérieurs. Sa restitution éventuelle nécessitera toutefois des investigations complémentaires qui ne pourront être menées qu’au moment du chantier, elle n’est donc à ce stade proposée qu’à titre optionnel et sous réserve des résultats que donneront les sondages futurs.

Toutes les interventions portant sur le décor sculpté et leurs polychromies seront confiées à des restaurateurs spécialisés.

Pour ce qui est des enduits, l’emploi d’une chaux aérienne permettra de se rapprocher le plus possible des échantillons analysés par le LRMH.

Afin d’écarter tout risque de dégradation sur les oeuvres les plus fragiles de la chapelle – décor sculpté, vestiges de polychromie – l’intervention de restaurateurs spécialisés est prévue dans le cadre de la restauration des parements intérieurs. C’est à la suite de leurs observations que seront détaillés les travaux de restitution.

Pour ce qui est des fragments de vitraux, ils seront déposés et étudiés avec soin en attendant la mise en place d’un projet de verrières définitives pour lequel ils pourront servir de modèle (voir page 3 – introduction). La fermeture provisoire en verre cathédrale qui assurera l’étanchéité pendant l’étude et la réalisation de ce projet ambitieux s’adaptera au ryhtme des barlotières existantes qui seront restaurées et complétées.

La restauration des extérieurs sera accompagée par la restauration des couvertures protégeant les massifs maçonnés du gouttereau nord et mla mise en place d’un système de protection contre la foudre.

5. Restauration des parements extérieurs et intérieurs de la chapelle nord

Cette phase se déroulera selon les mêmes principes que la phase précédente consacrée au vaisseau principal. Contrairement à ce dernier qui sera probablement un lieu de rassemblement sans vocation spirituelle permanente, la chapelle nord pourra servir d’oratoire. Sans incidence sur les travaux prévus au titre de la présente déclaration de travaux, cette affectation devra être exprimée lors des aménagements intérieurs pour lequel un projet sera soumis ultérieurement. En préparation de ce dernier, il est en revanche s’ores et déjà prévu de poser un tableau électrique dans l’ouverture obturée du mur oriental.

 

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

Voir aussi la fiche signalétique conservée à la documentation de la DRAC Picardie à Amiens.

Bideault M. et Lautier, C., Ile-de-France gothique. Les église de la vallée de l’Oise et du Beauvaisis. Paris, 1987.

Boiret, Y., Chapelle du Prieuré de Saint-Victor de Bray. Etude préalable. Fascicules 1 et 2. Paris, 1990-1992.

Le Bras, G., sous la direction de, Les ordres religieux – la vie et l’art. Tome I. Paris, 1979.

Claudel, M., « Notice sur le prieuré de Bray », in Comité archéologique de Senlis. Comptes rendus et Mémoires, 1865, t. 3, p. 109-128.

Collectif, L’art gothique dans l’Oise et ses environs. Beauvais, 2001.

Hahnloser, H., Villard de Honncourt. Graz, 1972.

Kimpel, D. et Suckale, R., L’architecture gothique en France 1130-1270. Paris, 1990.

Merian, C., Topographia Galliae. France I. Paris et Ile-de-France. Rééd. Kassel et Bâle, 1968.

SOURCES

Archives municipales de Rully

Cadastre actuel.

Service national du cadastre, Saint-Germain-en-Laye

Cadastre napoléonien.

Archives départementales de l’Oise, Beauvais

H 661 (Plan topographique du territoire de la paroisse de Bray, par A. Barbier, arpenteur royal au baillage de Senlis, 1786).

Archives départementales de la Somme, Amiens

1401 W, boîte 203 (dossier de travaux de 1986-1987 relatif à la restauration des couvertures de la chapelle nord).

1401 W, boîte 271 (dossier de travaux de 1963-1964 relatif à la pose de tirants dans le vaisseau principal).

DRAC Picardie, Amiens

Dossier Bray (Rully, 60) comprenant principalement l’étude préalable d’Y. Boiret (ACMH) et le DDOE de V. Brunelle (ACMH).

Médiathèque du Patrimoine / Archives photographiques, Paris

Divers clichés des années 50/60.