Architecture de la Chapelle

 

L’édifice est composé de deux parties distinctes, à savoir un vaisseau principal et une construction annexe généralement qualifiée de « chapelle nord ». Malgré l’absence d’éléments permettant de confirmer avec certitude l’affectation ce cette construction nous maintenons l’appellation de « chapelle nord » devenue courante.

Le vaisseau principal

  • De style gothique rayonnant, le vaisseau principal peut être rapproché des célèbres chapelles palatines et abbatiales telles que la Sainte-Chapelle, la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye ou la chapelle de l’abbaye de Saint-Germer-de-Fly. La chapelle de Bray-sur-Aunette s’inspire en effet de ces édifices prestigieux tout en s’adaptant au contexte modeste d’un prieuré rural.

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Entièrement voûté sur croisées d’ogives, le vaisseau possède quatre travées oblongues précédant une abside polygonale à trois pans. De solides contreforts assurent la stabilité de l’édifice en épaulant le chevet et les travées courantes du vaisseau.

Si les trois premières travées sont de proportions égales, la quatrième est légèrement plus longue comme si le maître d’oeuvre avait voulu donner plus de profondeur au chevet et à la chapelle nord tout en faisant allusion à une croisée de transept.

  • Le vaisseau est éclairé par des baies standardisées composées de deux lancettes couronnées d’un sixlobe. Au sud et dans le chevet, elles font toute la hauteur comprise entre le soubassement aveugle et les formerets alors qu’au nord, les allèges sont nettement plus hautes. Ceci s’explique par la présence d’un toit en appentis, probablement celui du cloître disparu, qui était à l’origine adossé au mur gouttereau et qui justifie peut-être également la présence des maçonneries qui comblent les espacements entre les contreforts. La baie occidentale possède les mêmes proportions afin de mieux s’intégrer dans la composition de la façade.
  • Les allèges des baies du gouttereau sud ont été remontées ultérieurement pour des raisons incertaines. Si la volonté de rendre l’édifice moins vulnérable au vu des nombreux conflits armés qui hantèrent la région constitue l’une des explications possibles, d’autres hypothèses ne sauraient être écartées (soucis d’esthétique, aménagements intérieurs ou extérieurs, volonté de créer un éclairage équilibré) Aujourd’hui, les baies qui ont été obturées, puis partiellement éventrées dans les siècles qui suivirent la Révolution ne possèdent plus que quelques rares fragments des vitraux si bien que l’effet de l’éclairage d’origine est difficile à imaginer.
  • Si les baies et leurs remplages sont d’une facture très simple – les profils ne sont en effet pas moulurés mais simplement munis d’angles abattus – le soin apporté au décor sculpté confère à l’édifice une richesse inattendue. Tous les chapiteaux situés au droit du portail ouest, au niveau de l’arcade s’ouvrant sur la chapelle nord et à la retombée des voûtes sont ainsi ornés d’un très beau décor floral sculpté qui, malgré un souci incontestable de standardisation, a permis la création de quelques œuvres remarquables se rapprochant clairement du décor de la Sainte-Chapelle.

 

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Aussi bien l’expression plastique des feuillages et des crochets que la disposition « en éperon » des chapiteaux semblent révéler des liens étroits entre les ateliers qui ont travaillé sur ces deux édifices espacés de moins de quinze ans.

Le plus beau décor floral sculpté a cependant été réservé aux endroits particulièrement distingués, à savoir les culots disposés au droit de la quatrième travée et les clés de voûte. Ces dernières sont même accompagnées de bustes sculptés – l’un d’entre eux représente sans doute Saint-Louis – qui rappellent entre autres ceux de la chapelle du château de Saint-Germain-en-Laye.

Sur les clés de voûte de l’abside et de la quatrième travée, on distingue de surcroît des vestiges de polychromie, témoignage d’une mise en valeur supplémentaire que le maître d’oeuvre souhaitait conférer à la partie la plus sacrée de la chapelle.

  • A part le décor floral sculpté et les traces de polychromie visibles exclusivement sur les deux clés de voûtes citées et les portions de nervures les jouxtant, il convient de noter les très nombreux fragments de peintures en trompe-l’oeil représentant un dessin de faux joints blancs sur fond ocre clair. Ces peintures destinées à idéaliser l’appareil imparfait dont elles empruntaient les teintes naturelles (l’ocre imitant la teinte de la pierre, le blanc celle du mortier) recouvraient apparemment la quasi totalité des parements intérieurs du vaisseau principal, y compris ceux en pierre de taille et les parties moulurées.

Des investigations devront toutefois être menées en concertation avec le LRMH dans la phase préparatoire du chantier afin de mieux interpréter ces peintures et d’en établir l’authenticité. La présence de traces d’un badigeon blanc postérieur semble toutefois confirmer l’ancienneté du décor peint.

  • En conclusion de ce descriptif sommaire du vaisseau principal et en anticipant sur l’analyse des matériaux et de leur mise en œuvre (voir ci-dessous), il est essentiel de souligner l’habileté avec laquelle le maître d’œuvre a su concrétiser un programme architectural emprunté aux édifices les plus prestigieux et nobles du domaine royal tout en se contentant des moyens modestes d’un prieuré rural. Cette combinaison adroite de noblesse et de modestie se reflète tant dans les dispositions architecturales que dans nombre de détails.

En premier lieu, il faut mentionner le plan de la chapelle qui reprend celui des chapelles citées ci-dessus mais qui le simplifie en réduisant le chevet à une abside à trois pans là où les prestigieuses références en présentent cinq. Afin de donner néanmoins à la silhouette de la chapelle l’apparence d’un édifice tout aussi noble, le maître d’œuvre a décidé de couronner le chevet à l’extérieur d’une corniche en hémicycle rappelant les absides arrondies de maintes cathédrales vénérables de l’Île-de-France et en particulier de celle de Paris, proche de l’abbaye-mère. Un parti similaire a été pris pour les baies à six lobes utilisées pour la première fois à la cathédrale de Reims, mais qui sont réduites ici à leur expression la plus simple et modeste – conforme à l’esprit d’un ordre monastique – par la suppression des moulures et chapiteaux intermédiaires.

Les clés de voûte ornées de bustes sculptés constituent un autre moyen peu coûteux de revêtir la chapelle de la noblesse des édifices de référence antérieurs. Enfin, l’emploi de maçonneries en moellon masquées par une peinture en trompe-l’œil exprime, là encore, le souci de donner l’illusion d’une richesse difficile à financer pour ce modeste prieuré.

La chapelle nord

  • L’arcade du gouttereau nord de la quatrième travée du vaisseau principal s’ouvre sur un espace construit sur plan carré et couvert d’une croisée d’ogives. Utilisé très probablement comme chapelle, cet édicule qui se raccorde difficilement au vaisseau principal a pourtant été construit simultanément comme le prouvent les harpages et l’arcade d’origine qui communique entre les deux constructions.

Dans ses formes comme dans sa mise en œuvre la chapelle nord se distingue nettement du vaisseau principal avec lequel elle n’essaie pas de rivaliser. On observe alors qu’une petite baie couronnée d’un quadrilobe constitue la seule ouverture dans le mur est, et que des portes d’une grande simplicité permettaient de communiquer entre la chapelle, la cour du cloître et le bâtiment qui était adossé au pignon nord.

Si le décor floral sculpté est proche de celui du vaisseau principal, l’unique clé de voûte est dépourvue de bustes sculptés. Aucune trace de polychromie n’a pu être détectée, et il en est de même des enduits qui semblaient être dépourvus de peintures en trompe-l’œil.

  • La stabilité de la chapelle nord est assurée par l’épaisseur des murs périphériques est et ouest qui, malgré les arcs qui les allègent et qui ajoutent des efforts supplémentaires à ceux des voûtes, alourdissent suffisamment la construction pour lui permettre de résister aux poussées horizontales. A l’intérieur, l’épaisseur des murs a permis d’aménager des niches probablement destinées à recevoir le mobilier liturgique. A l’extérieur, l’importante épaisseur des murs a toutefois obligé le maître d’oeuvre à faire passer l’angle sud-est de la chapelle annexe devant la baie nord du chevet du vaisseau principal.

A l’étage, le comble qui s’ouvre sur le vaisseau principal par une petite fenêtre rectangulaire semble avoir abrité une pièce habitable. Celle-ci a dû être remaniée aux XVIIIème siècle comme en témoignent les corbeaux à la taille bouchardée encastrés dans les pignons au niveau de l’entrait retroussé.

MATÉRIAUX, MISE EN ŒUVRE, FINITION ET DÉCOR

LA PIERRE

Cinq échantillons de pierre calcaire ont été prélevés sur les gouttereaux de la chapelle principale et de la chapelle nord. Les analyses effectuées par le Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques ont révélé qu’ils proviennent d’anciennes carrières aujourd’hui abandonnées des environs de Bray.

On note avec intérêt que les caractéristiques des pierres prélevées en face est et ouest de la chapelle nord diffèrent légèrement de ceux des pierres employées pour la chapelle principale; l’hypothèse d’une courte interruption de travaux entre les deux constructions qui a été avancée par plusieurs historiens reste alors plausible.

Le sixième échantillon qui a été prélevé sur le refend de fondation transversal entre la première et la deuxième travée est le seul à provenir d’une carrière non locale (la pierre utilisée provient des anciennes carrières souterraines de Crépy-en-Valois).

Par mesure de précaution, aucun prélèvement n’a été effectué sur les moellons des voûtes, mais il est probable qu’ils peuvent être rapprochés de ceux utilisés pour la construction des gouttereaux.

Les éléments sculptés ont évidemment été exclus de la campagne de prélèvement; nous ne savons donc pas si une pierre particulière a été employée pour les chapiteaux, culs-de-lampe et clés de voûte finement travaillés.

La provenance des échantillons peut être récapitulée de la façon suivante:

Carrières de Bray, Chamant et d’Ognon

– Calcaire lutétien assez dense à milioles et grains de quartz:

Pierre de taille du deuxième contrefort sud du vaisseau principal.

– Calcaire à milioles de type lambourdes de l’Oise:

Pierre de taille des faces est et ouest de la chapelle nord.

– Roche dure et compacte composée de carbonates de calcium et/ou magnesium:

Moellons de la face extérieure du polygone de l’abside.

– Calcaire lutétien à matrice compacte, contenant de nombreux fossiles de cérithes:

Moellons de la face extérieure du polygone de l’abside.

Carrières souterraines de Crépy-en-Valois

– Calcaire lutétien à milioles, ditrupa, orbitolites et alvéolines:

Pierre de taille du refend de fondation entre la première et la deuxième travée.

Les prélèvements effectués sur les joints des faces intérieures et extérieures de la chapelle révèlent qu’un mortier de chaux chargé de grains de quartz a été utilisé lors de la construction de l’ensemble des gouttereaux.

LA MISE EN OEUVRE DE LA PIERRE

Exception faite de l’emploi ponctuel de pierres de taille d’un format assez important, l’édifice est construit en pierre de taille de moyen format ainsi qu’en moellons assisés (voûtes) ou non assisés (remplissages des parties basses).

La localisation très systématique de ces deux types de mise en oeuvre souligne une nouvelle fois la cohérence de la conception de l’édifice, l’absence de difficultés majeures durant les travaux de construction.

Le vaisseau principal

La pierre de taille de moyen format constitue le matériau de construction privilégié pour cet édifice. Aussi bien en parement extérieur qu’en parement intérieur, elle a été employée pour la totalité du pignon ouest et l’ensemble des parties hautes de toutes les travées de la nef et de l’abside. Elle a également été utilisée pour les éléments constructifs les plus sollicités ou exposés, à savoir les contreforts, l’ossature des voûtes et les soubassements ainsi que pour les réseaux à sixlobes des baies rayonnantes.

L’épais mur des parties basses du gouttereau nord est caractérisé par l’emploi de pierres de taille dont certaines possèdent un format plus important (hauteur d’environ 40cm)que celles utilisées de façon systématique pour les autres parties de l’édifice (hauteur moyenne d’environ 20-25cm).

Complété par des moellons de très petit format, l’appareil hétérogène de ces ouvrages pourtant parfaitement chaînés avec les contreforts se distingue nettement de modes de mise en œuvre adoptés pour les autres parties de l’édifice.

Le moellon constitue le matériaux de remplissage pour les surfaces destinées à être enduites (voir ci-dessous). Si le recouvrement a été réalisé en moellons assisés afin de faciliter la mise en œuvre des voûtains et d’en assurer la cohérence, les remplissages des gouttereaux présentent un appareil hétérogène ou se mélangent moellons de formats très différents.

L’appareil mixte (pierre de taille et moellon) des parties basses des deux travées obliques de l’abside est d’autant plus difficile à interpréter que les assises en pierre de taille de la travée nord-est sont parfaitement chaînées avec le contrefort alors qu’elles ne le sont pas dans la travée sud-est.

Il pourrait s’agir là d’une hésitation sur le mode de construction à adopter pour les parties pleines entre les contreforts, la technique la moins onéreuse (remplissage exclusivement constitué de moellons) ayant finalement été retenue pour les travées types.

Dans tous les cas, le mode de construction par « empilage » des supports en éléments standardisés et remplissage des parties pleines entre ces supports correspond bien à la technique mise au point quelque quarante ans plus tôt sur les chantiers des grandes cathédrales.

La chapelle nord

La pierre de taille de moyen format y est employée de façon systématique pour tous les éléments structurels et architecturaux importants, à savoir pour le soubassement des faces est et ouest, les chaînages d’angle, les bandeaux, la corniche haute, l’ossature de la voûte et les encadrements de la fenêtre et des portes. Dans son principe, son utilisation ne diffère donc pas de celle qui en a été faite sur la chapelle principale; on retrouve même, en partie basse de la face est, l’appareil mixte observé sur les pans obliques de l’abside.

Le moellon y est mis en œuvre sous forme d’un appareil grossier remplissant les surfaces pleines entre les éléments en pierre de taille aussi bien en partie haute qu’en partie basse des murs. Les murs de la chapelle nord étant moins ajourés que ceux de la chapelle principale, les maçonneries de remplissage prennent plus d’importance ce qui confère un aspect moins soigné aux façades intérieures et extérieures. Cette apparence quelque peu trompeuse est due à la perte des enduits d’origine et à la destruction du bâtiment qui masquait jadis le modeste pignon nord.

Les voûtains sont construits en moellons assisés.

Les pierres dont l’aspect de taille est très faiblement prononcé – on note des traces d’une fine taille brettelée en particulier sur les nervures – ont fait l’objet de traitements de finition déterminants pour l’aspect extérieur et intérieur de l’édifice. Nombreuses sont ainsi les traces des enduit et des badigeons qui ne sont visiblement pas limités aux seules parties maçonnées.

LA FINITION DE LA PIERRE

Le vaisseau principal

La quasi totalité des parements en moellon était recouvert d’enduits dont d’importants vertiges subsistent aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Teintés par des ocres ou des argiles, ces enduits ont pu être détectés sur toutes les maçonneries intérieures et extérieures exception faite des épais murs épaulant le gouttereaux nord. Quant aux parties construites en pierre de taille, tous les parements intérieurs – y compris les nervures, les doubleaux et leur supports – semblent avoir été recouverts d’un épais badigeon servant de support à une peinture en trompe-l’oeil. Si les échantillons analysés par le LRMH présentent les mêmes caractéristiques que les mortiers des joints, l’époque à laquelle remonte la mise en place de ces finitions n’est pas facile à déterminer notamment en raison des importants travaux de rénovation mentionnés pour le milieu du XVIIème siècle.

La lecture de ces finitions est d’autant plus difficile qu’un fin badigeon blanc a été appliqué à une époque incertaine sur l’ensemble des parements et les éléments sculptés.

La chapelle nord

Tout comme ceux de la chapelle principale, les parements intérieurs et extérieurs en moellon de la chapelle nord présentent des vestiges d’enduit. Aucune trace de badigeon n’a en revanche pu être observée sur les parements intérieurs en pierre de taille.

LE DÉCOR SUR PIERRE

Deux types de décor doivent être mentionnés pour l’édifice. A un décor sculpté d’une grande qualité réalisé pour les chapiteaux et les clés de voûte de deux chapelles s’ajoute en effet un décor pictural aujourd’hui fragmentaire qui concernent presque exclusivement le vaisseau principal.

Le vaisseau principal

Le décor sculpté se présente sous forme de

chapiteaux à crochets disposés à la naissance des voûtes, au portail ouest, à l’arcade s’ouvrant sur la chapelle nord et à la piscine de l’abside

culs-de-lampe à feuillages très travaillés situés entre la troisième et la quatrième travée

clés de voûte à décor floral et figuratif (têtes représentant vraisemblablement des personnalités historiques dont vraisemblablement Saint-Louis)

La présence de vestiges de sculptures ne peut être exclue sous l’enduit du tympan du portail ouest, mais la faible épaisseur de la dalle qui subsiste rend cette théorie hypothétique.

La présence d’une dalle funéraire placée dans l’ébrasement de la porte nord de la chapelle nord doit enfin être signalée.

Le décor pictural conservé concerne les parements unis, les parements moulurés et les éléments sculptés. De nombreux fragments d’une peinture en trompe-l’œil présentant des faux joints blancs sur fond ocre sont ainsi visibles sur les voûtains, certaines nervures et le revers de la façade ouest. Des faux joints ocres sur fond jaunâtre ornent en revanche les parties basses de l’abside.

Si la question des origines de ce décor nécessite de recherches supplémentaires qui ne pourront être effectuées qu’au moment du chantier, l’authenticité des traces de polychromie sur le décor sculpté des clés de voûte est probable.

Visibles surtout à l’aide de jumelles, ces traces qui concernent avant tout les clés de voûte des travées orientales laissent supposer que les feuillages et les têtes sculptées étaient dorés et peints de couleurs très vives. Une application de la polychromie sur les portions de nervures jouxtant les clés est possible. Dès l’ouverture du chantier, les investigations pourront être étendues sur les éléments sur lesquels aucune trace de finition n’a pu être détectée depuis le sol.

La chapelle nord

Le décor pictural conservé se limite à la trace d’un aplat foncé en partie gauche de la face orientale.

Le décor sculpté floral des chapiteaux et de la clé de voûte de la chapelle constitue le seul ornement de la chapelle nord. Il offre peu de variations (seul l’un des chapiteaux de l’angle nord-ouest se distingue des autres) et ne possède pas de traces de polychromie apparentes.

LA TUILE

Des tuiles plates non panachées proches de celles couvrant la chapelle nord ont été utilisées afin de protéger les énigmatiques maçonneries qui doublent les parties basses du gouttereau nord. Elles paraissent très fines mais assurent néanmoins l’étanchéité des murs.

LE VITRAIL

Des vestiges de vitraux avec leurs mises en plomb sont conservés dans le couronnement de plusieurs baies du vaisseau principal. L’examen à l’échelle de ces fragments, mais surtout l’analyse de ceux trouvés au sol à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice a permis de confirmer que de nombreux éléments de vitrail de l’époque de la construction de la chapelle subsistent. Plusieurs fragments présentent en effet des caractéristiques typiques pour les vitraux médiévaux, à savoir une importante épaisseur, des bords grugés, l’absence de techniques de peintures verre autres que la grisaille, de fines rainures concentriques provenant de la cive. Enfin, le dessin decor floral peint en grisaille se rapproche de celui des crochets des chapiteaux sculptés.

En plus des fragments apparents, des éléments de vitrail pourraient être noyés dans les matériaux utilisés pour obturer les baies.

LE MÉTAL

De nombreux éléments métalliques appartenant à l’ancienne armature des vitraux subsistent. Il s’agit principalement de barlotières situées à la naissance des arcs des lancettes des baies du vaisseau principal et de la chapelle nord, mais d’autres barlotières sont conservées noyées dans les comblements des baies. Au stade de la présente étude, il n’a pas été possible de déterminer si ces éléments participaient, sous forme de tirants, à la stabilisation de l’édifice.

La baie de la chapelle nord conserve également l’ossature d’une ancienne raquette de protection.

Divers éléments métalliques parasites – crochets, gonds de portes rapportées, fers à cheval scellés dans la maçonnerie – doivent également être mentionnés.

LES DÉSORDRES SUR LES MAÇONNERIES

Les maçonneries et parties en pierre de taille de la chapelle Saint-Victor présentent des désordres qui sont certes spectaculaires mais non exceptionnels pour un édifice qui ne semble avoir bénéficié que de très peu de travaux de restauration. Entre les récents travaux de couverture et les restaurations et embellissements du milieu du XVIIème siècle, aucune campagne conséquente n’a en effet été menée sur la chapelle qui a de surcroît fait l’objet d’interventions peu respectueuses au XIXème siècle. Des désordres résultant d’aménagements inadaptés s’ajoutent alors à ceux dus à l’usure des matériaux et à des facteurs inhérents au site.

Cinq types de désordres qui se conditionnent mutuellement et qui ont été favorisés par l’absence d’entretien ont été distingués:

dégradation mécanique et chimique des maçonneries dues à l’action de l’eau
présence de végétaux
perte des finitions
désordres dûs au vandalisme et aux interventions inadaptées
désordres structurels dus aux caractéristiques du terrain
  • Dégradation mécanique et chimique des maçonneries dues à l’action de l’eau

L’excellente qualité des matériaux mis en œuvre est à l’origine des faibles dégradations que l’on doit attribuer directement aux conditions atmosphériques. La plupart des pierres constituant la peau extérieure de l’édifice étant d’origine – les traces d’interventions postérieures se font en effet rares -, on ne peut que souligner la rareté de dégradations dues au gel et aux desquamations. Ces dégradations se situent dans les zones les plus exposées et fragiles, à savoir au niveau des contreforts, en façade ouest (en particulier sur le portail avec ses chapiteaux sculptés), autour des ouvertures et en partie haute où elles ont été favorisées par la défaillance des égouts aujourd’hui restaurés.

Accentué par l’absence d’entretien sur les façades depuis de très nombreuses années, le désordre le plus généralisé est la dégarnissage des appareils allant du simple dé-jointoiement à la désorganisation complète des remplissages en moellon dépourvus de leurs enduits protecteurs. A l’extérieur, ces derniers ne sont effectivement conservés que fragmentairement en particulier en partie médiane du gouttereau nord.

  • Présence de végétaux

Si la présence de lichens ou de mousses sur les surfaces exposées des parements extérieurs – bandeaux, glacis des contreforts, soubassements – paraît difficilement évitable, son apparition à l’intérieur aussi bien en partie haute qu’en partie basse des murs résulte de défaillances remédiables. Le dégarnissage général des parements, la perte des enduits extérieurs d’origine et l’apport d’humidité du terrain dont le niveau à été rehaussé sont ainsi à mettre en cause.

  • Perte des finitions

A l’extérieur comme à l’intérieur, la perte des finitions résulte principalement de l’action de l’eau. Trop rarement renouvelés, les enduits extérieurs ont été peu à peu fragilisés par les eaux de ruissellement, les pluies battantes et le sèchement cyclique qui s’en est suivi. A l’intérieur, les infiltrations d’eau qui sont également à l’origine du développement des mousses ont causé le décollement par plaques des enduits des parements. Un phénomène similaire s’est produit au niveau des voûtes dont les enduits et peintures polychromes ont été dégradés par l’infiltration d’eaux pluviales à travers une couverture longtemps défaillante et l’utilisation inadaptée de l’édifice.

  • Désordres dus au vandalisme et aux interventions inadaptées

Ces désordres concernent évidemment les éléments les plus fragiles et exposés, à savoir les ouvertures et le décor sculpté. Doit ainsi être mentionnée la disparition et la dégradation d’une partie des remplages, survenues sans doute à la suite de la Révolution qui a également ouvert la voie à l’abandon, puis à la transformation de l’édifice en grange. Si cette affectation peu heureuse a certes permis de préserver la chapelle de la destruction totale, elle est néanmoins à l’origine de la création peu respectueuse de la porte charretière au niveau de la première travée du gouttereau sud.

Elle explique aussi les cassures quasiment systématiques des chapiteaux à l’intérieur de la chapelle qui a dû être équipée d’un plancher intermédiaire. Au portail occidental, ce sont les colonnettes et les chapiteaux qui ont souffert des passages d’engins agricoles.

Dans le cadre de la transformation de l’édifice en grange, les baies ont été obturées ce qui a eu le mérite le consolider les remplages fragilisés.

  • Désordres liés aux défauts de stabilité

Le vaisseau principal

Le gouttereau sud et la partie sud-est de l’abside du vaisseau principal accusent un dévers qui s’accentue progressivement en allant des extrémités au centre de la façade méridionale. Relevé précisément au théodolite laser qui a indiqué un défaut d’aplomb maximal de 16 cm, ce dévers a non seulement entraîné un décollement important des formerets, mais également l’apparition de fissures considérables sur les voûtes le long d’un axe est-ouest, sur la façade ouest, sur les parties hautes des gouttereaux ainsi sur les soubassements. Après la réalisation d’une étude de stabilité confiée au cabinet Bancon, la structure du bâtiment a été mise hors de cause : que ce soit dans la configuration d’origine, c’est-à-dire lorsque la verticalité des murs était encore assurée, ou dans la configuration actuelle au gouttereau sud déversé, la résultante de la poussée des voûtes et du poids propre des maçonneries reste bien à l’intérieur des contreforts.

Sur la base des sondages de reconnaissance des sols et des fondations réalisés entre 1990 et 1992 ainsi que grâce à des observations complémentaires effectuées au droit du regard sud du système d’évacuation des eaux pluviales1, les conclusions du complément d’étude remis par Y. Boiret en 1992 ont pu être confirmées. La déformation du gouttereau méridional et de l’abside s’expliquerait donc effectivement par les forts retraits et gonflements d’un sol argileux très sensible aux cycles d’humidification et d’assèchement particulièrement intensifs au sud. Au nord où ces cycles sont moins prononcés, les contreforts sont en plus bordés par d’épais massifs maçonnés réduisant le développé de la façade et donc la surface du sol exposé.

Quant au mauvais état et la géométrie inadaptée des couvertures en place entre environ 1900 et 1995, leur contribution à l’évolution des désordres était sans doute limitée : les reprises anciennes au droit des fissures de décollement des voûtes démontrent en effet que le début des mouvements est bien antérieur aux modifications malencontreuses réalisées aux XIXème et XXème siècles.

Aussi faut-il constater qu’une éventuelle poussée de la charpente aurait dû affecter également les parties hautes du gouttereau nord qui présente pourtant une verticalité presque parfaite (le dévers relevé ne dépasse pas 1cm et pourrait être dû aux tassements du mortier lors de la construction).

Le système de récupération des eaux pluviales par gouttières pendantes, créé en 1995-1996, participe certainement à l’amélioration des conditions hygrométriques du sol, mais l’importance des fissures au soubassement de l’abside qui possèdent une surface de couverture moins importante que les travées courantes montre que l’origine des défauts de stabilité n’est pas imputable aux anciens égouts libres.

La chapelle nord

La chapelle nord présente d’importantes fissures sur murs et voûtes témoignant d’un dévers considérable de l’angle nord-ouest. Un dévers moins prononcé affecte l’angle nord-est. Comme pour le vaisseau principal, l’analyse de stabilité réalisée par le cabinet Bancon démontre que les superstructures de la chapelle ne peuvent être mises en cause.

Malgré l’absence de contreforts et la démolition du bâtiment conventuel prolongeant la chapelle au nord, la poussée des voûtes est en effet parfaitement absorbée par les épaisses arcades encadrant la travée unique de la chapelle à l’est et à l’ouest. Les calculs réalisés démontrent en revanche que les charges dues notamment au poids des épais murs périphériques sont trop importantes pour un sol à la portance plutôt moyenne.

Aussi a-t-il été constaté que les maçonneries des substructures situées au droit du regard du système de récupération des eaux pluviales manquent de cohésion1. La création de ce système de récupération des eaux n’a par ailleurs pas eu d’incidence sur les mouvements de la chapelle; la fissuration des scellements des rives restaurées en 1986 démontre en effet que l’évolution continue.

En ce qui concerne l’asymétrie des désordres plus prononcés au nord-ouest qu’au nord-est, elle a probablement été engendrée par la présence de deux portes à l’angle nord-ouest ce qui a fragilisé davantage cette zone tout en concentrant les charges et donc la pression au sol. Les racines de l’arbre de taille considérable situé à quelques mètres de l’angle nord-ouest peuvent également avoir contribué à l’aggravation des désordres.